Publié en 1993, France contre Afrique est un essai politique et historique du grand écrivain camerounais Mongo Beti, de son vrai nom Alexandre Biyidi Awala. Figure majeure de la littérature africaine engagée, Mongo Beti y exprime sa colère, sa frustration et son amertume face à l’état de l’Afrique postcoloniale, en particulier face à l’influence persistante de la France dans les affaires politiques, économiques et culturelles de ses anciennes colonies africaines. Ce livre est une dénonciation frontale du néocolonialisme, un réquisitoire contre la Françafrique, et un appel vibrant à la résistance et à l’émancipation du continent.
Dès les premières pages, Mongo Beti adopte un ton sans détour. Loin d’un discours académique ou diplomatique, il livre un témoignage vivant, nourri par sa propre expérience d’écrivain exilé, d’intellectuel révolté et de témoin direct des dérives du pouvoir africain post-indépendance. Il plante le décor : l’Afrique, censée être libre après les indépendances des années 1960, reste dans les faits soumise à une domination invisible mais omniprésente, celle de l’ancienne puissance coloniale française.
L’auteur revient longuement sur le cas du Cameroun, son pays natale, qu’il considère comme emblématique de cette trahison des indépendances. Mongo Beti y dénonce la mise en place, par la France, de régimes autoritaires et dociles, souvent dirigés par des chefs d’État installés ou soutenus par Paris, en échange d’une fidélité absolue. Il évoque notamment Ahmadou Ahidjo, premier président du Cameroun indépendant, qu’il décrit comme un pion de la France, responsable de la répression sanglante des mouvements nationalistes, notamment ceux de l’Union des populations du Cameroun (UPC).
Mongo Beti rappelle le silence complice des médias français, le soutien militaire, financier et diplomatique apporté par la France à ces régimes répressifs, et l’indifférence générale face aux violations des droits humains sur le continent. Pour lui, la Françafrique » cette alliance secrète entre élites politiques françaises et dictateurs africains » est un système mafieux, où la France continue d’exploiter les richesses africaines (pétrole, uranium, bois, cacao, etc.) tout en prétendant aider au développement.
À travers des exemples concrets, Mongo Beti décortique les mécanismes du néocolonialisme : présence de bases militaires françaises, monopole des entreprises françaises dans les marchés publics, contrôle des monnaies africaines via le franc CFA, influence sur les élections, manipulation des oppositions, surveillance des intellectuels critiques, etc. Il montre comment, sous des formes modernes, la domination coloniale se perpétue : les chaînes sont moins visibles, mais tout aussi solides.
L’auteur ne ménage pas non plus les élites africaines. Selon lui, beaucoup d’entre elles ont été formées dans les universités françaises et ont intériorisé les schémas de pensée occidentaux. Ces dirigeants, coupés de leurs peuples, préfèrent souvent les honneurs, les voyages à Paris et les comptes en banque à Genève, plutôt que la lutte pour le progrès réel. Mongo Beti les qualifie de « valets du système », complices actifs du pillage et de l’oppression de leurs propres peuples.
Mais ce qui frappe le plus dans le récit de Mongo Beti, c’est son ton de désespoir mêlé d’espoir. Il exprime sa douleur de voir une Afrique enlisée dans la pauvreté, la violence politique, l’analphabétisme, alors qu’elle regorge de ressources et de talents. Il déplore l’absence de conscience collective, l’apathie des peuples, la peur, mais aussi l’exil de nombreux intellectuels africains, réduits au silence ou condamnés à vivre loin de leur terre natale.
À travers ses mots, Mongo Beti tente de réveiller les consciences, de redonner à l’Afrique sa voix propre, de faire entendre une parole libre, loin des discours officiels ou des rapports technocratiques. Il s’insurge contre l’idée que l’Afrique serait naturellement incapable de se gouverner elle-même ou d’inventer son propre modèle de développement. Pour lui, cette idée n’est qu’une justification du racisme et du maintien de la domination étrangère.
Il insiste aussi sur la nécessité de l’engagement intellectuel. L’intellectuel, pour Mongo Beti, ne peut pas être neutre. Il doit prendre position, dénoncer, écrire, s’indigner, même au risque de l’exil, de la prison ou de la censure. Lui-même, banni pendant longtemps au Cameroun, a ouvert une librairie à Yaoundé dans les années 1990 « La librairie des peuples noirs » comme un acte de résistance culturelle et politique.
Dans les dernières pages, Mongo Beti se fait plus incisif encore. Il dénonce les réformes démocratiques mises en scène par la France dans les années 1990, comme étant des leurres : élections truquées, multipartisme fictif, dialogues nationaux sans effet. Pour lui, tout cela ne vise qu’à donner une façade démocratique à des régimes qui restent autoritaires dans les faits.
Cependant, malgré l’ampleur du désastre qu’il décrit, Mongo Beti ne sombre pas dans le fatalisme. Il croit à une Afrique capable de se relever, à condition de rompre avec ses chaînes mentales, économiques et politiques. Il appelle à une nouvelle génération de leaders, intègres, proches du peuple, capables de remettre en question les modèles importés et de repenser le développement à partir des réalités africaines. Il en appelle aussi à la diaspora, aux intellectuels africains de l’extérieur, pour qu’ils participent à cette renaissance.
France contre Afrique est bien plus qu’un essai politique : c’est un acte de foi dans l’avenir de l’Afrique, mais aussi un réquisitoire sans appel contre la duplicité des relations franco-africaines. Mongo Beti, avec une plume à la fois rigoureuse, passionnée et indignée, pose les bonnes questions et force le lecteur à regarder en face les non-dits de l’histoire postcoloniale. Ce livre est une alerte, un manifeste et une arme intellectuelle. Dans un style direct et sans concession, l’auteur y exprime la nécessité d’une rupture pour que l’Afrique puisse enfin redevenir maîtresse de son destin.
Il faut bien que l’on continue à dépeindre cette idéalisme de coopération multilatérale entre la France et les pays d’Afrique. Go ahead Africa.
en effet nous avons fait de ça notre lutte quotidienne, merci a cette illustre homme que fût Alexandre Biyidi Awala car grâce a lui les africains et les camerounais en particulier on de quoi s’informer et dénoncé les oppressions de la France-Afrique
Merci pour cette histoire 🙏
Il est édifiant!!!!
Merci pour ce récap il est plutôt intéressant avec cette figure emblématiques de l’Afrique
merci pour votre commentaire bienveillant madame
merci madame pour votre commentaire bienveillant
J’apprécie la lecture et j’apprends beaucoup de vos écrits
merci madame pour votre commentaire bienveillant