À l’aube du XVIᵉ siècle, lorsque Pedro Álvares Cabral posa le pied sur les côtes du Brésil, les Portugais découvrirent une terre vaste et fertile, déjà habitée par des peuples autochtones. Rapidement, ces derniers furent décimés par les maladies, le travail forcé et les violences coloniales, laissant la voie libre aux Européens pour exploiter les richesses du territoire. Mais l’exploitation nécessitait une main-d’œuvre massive et docile. Les tentatives d’asservir les Amérindiens échouèrent rapidement, et le regard des colons se tourna alors vers l’Afrique.
À partir du milieu du XVIᵉ siècle, débuta une déportation massive : hommes, femmes et enfants furent arrachés à leurs terres natales. Entre 1501 et 1866, près de cinq millions d’Africains traversèrent l’Atlantique pour le Brésil, soit près de 40 % de toute la traite atlantique. Le Middle Passage était un véritable enfer : enchaînés, entassés dans des cales sans air ni hygiène, ils survivaient à peine à la faim, à la soif et aux maladies. Beaucoup mouraient avant même d’accoster à Salvador, Bahia ou Rio de Janeiro. À l’arrivée, les survivants étaient vendus aux enchères, inspectés comme du bétail, marqués au fer rouge et envoyés dans les plantations.
Dans le Nordeste, les plantations de canne à sucre devinrent rapidement le moteur de l’économie coloniale. Du lever au coucher du soleil, les esclaves travaillaient sous une chaleur écrasante, coupant la canne, alimentant les moulins et les chaudières, risquant brûlures et mutilations. Les villes n’étaient pas épargnées : à Salvador, Recife ou Rio, les esclaves servaient comme domestiques, artisans ou dockers, vivant sous une surveillance constante et subissant les violences sexuelles et physiques de leurs maîtres. La nourriture insuffisante et les cabanes insalubres aggravèrent leur misère, tandis que la mortalité élevée poussait les colons à importer toujours plus de captifs.
Mais la résistance ne tarda pas. Certains fuyaient dans les forêts pour fonder des quilombos, villages libres où la culture africaine perdurait. Le plus célèbre, Palmares, prospéra au XVIIᵉ siècle, sous la protection de chefs comme Zumbi dos Palmares, symbole de courage et de résistance. D’autres résistances prirent la forme de révoltes : en 1835, les Malês, esclaves musulmans de Salvador, tentèrent de renverser l’ordre colonial. Réprimée dans le sang, cette révolte montra que la domination reposait sur un fragile équilibre de peur.
La résistance fut aussi culturelle. Les esclaves préservèrent leurs croyances et traditions africaines, donnant naissance à des cultes comme le candomblé, mêlant rituels africains et catholicisme imposé. La capoeira, déguisée en danse, entraînait les corps à la lutte, tandis que la samba, née dans les communautés afro-brésiliennes, portait la mémoire collective de la douleur et de la liberté.
Au XIXᵉ siècle, la pression internationale et les mouvements abolitionnistes firent bouger les lignes. En 1850, la traite fut interdite, mais l’esclavage perdura clandestinement. Des lois successives préparèrent l’abolition : en 1871, la loi du Ventre libre libéra les enfants nés d’esclaves ; en 1885, la loi des Sexagénaires accorda la liberté aux plus de soixante ans. Enfin, le 13 mai 1888, la princesse Isabel signa la Lei Áurea, la Loi d’Or, abolissant officiellement l’esclavage. Mais la liberté était incomplète : aucun soutien, aucune terre et peu de perspectives.
Aujourd’hui, l’héritage des esclaves africains façonne le Brésil. La mémoire de Palmares, de Zumbi et des révoltes des Malês continue d’inspirer la lutte pour l’égalité. Chaque 20 novembre, jour de la mort de Zumbi en 1695, le pays célèbre la Journée de la Conscience noire, rappelant que la douleur des chaînes a été transformée en force culturelle et en puissance spirituelle.