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Haïlé Sélassié : L’Empereur Lion d’Éthiopie et symbole de la fierté africaine

Un matin du 23 juillet 1892, dans les hautes terres brumeuses d’Ejersa Goro, là où les montagnes d’Éthiopie semblent converser avec les cieux, naquit un enfant que les siècles attendaient. On le nomma Lij Tafari Makonnen, considérer comme “enfant de la grâce”,  fils de la noblesse shewan, héritier d’une lignée qui, selon la légende, remonte à la Reine de Saba et au roi Salomon. L’Afrique venait de voir naître l’un de ses fils les plus illustres.

Son père, Ras Makonnen Woldemikael, homme d’État respecté et diplomate chevronné, l’éleva dans une rigueur royale mêlant traditions ancestrales et modernité naissante. L’enfant Tafari reçut une éducation d’élite : langue guèze, théologie orthodoxe, histoire impériale, droit traditionnel, mais aussi langues étrangères et philosophie politique. Très tôt, il incarne cette rare fusion entre l’Afrique spirituelle millénaire et l’Afrique tournée vers l’avenir.

À l’âge de 12 ans, Tafari Makonnen , futur Haïlé Sélassié  perd brutalement son père, Ras Makonnen, un noble influent et proche conseiller de l’empereur Ménélik II. Cette disparition marque un tournant décisif dans la vie du jeune garçon. Privé de ce pilier paternel qui le guidait dans les arcanes du pouvoir et de la diplomatie éthiopienne, Tafari se voit contraint de grandir plus vite que prévu. Dans un empire où les luttes de pouvoir sont constantes, il comprend très tôt que pour protéger son nom, son héritage et les idéaux de son père, il doit assumer des responsabilités prématurées. Ce deuil précoce le forge : il se plonge dans l’étude, développe sa rigueur, et affine son intelligence politique. Ce moment douloureux devient ainsi l’élément déclencheur de sa maturité exceptionnelle, annonçant déjà le souverain visionnaire qu’il deviendra.

En 1911, à 19 ans, Tafari scelle un tournant décisif dans son ascension, il épouse Menen Asfaw, petite-fille de l’empereur Menelik II. Cette union n’est pas qu’un mariage d’amour, elle est aussi politique. En épousant une princesse de sang royal, il renforce sa légitimité et s’ouvre les portes du trône. Ensemble, ils auront plusieurs enfants, cimentant leur influence dans la noblesse éthiopienne et dans l’histoire du pays.

Cinq ans plus tard alors qu’il a alors 24 ans, en 1916, il devient régent de l’Empire éthiopien sous le règne de l’impératrice Zaouditou. Il modernise progressivement le royaume, création d’une monnaie nationale, réforme de l’armée, développement du commerce extérieur, fondation des premières écoles laïques. Puis, le 2 novembre 1930 à 38 ans, il est couronné empereur sous le nom de Haïlé Sélassié Ier, “Puissance de la Trinité”. Ce jour-là, les couronnes d’or scintillent à Addis-Abeba, les psaumes guèze retentissent, et le monde entier redécouvre la grandeur de l’Afrique.

Son titre officiel dit tout : “Roi des rois, Seigneur des seigneurs, Lion conquérant de la tribu de Juda, Élu de Dieu”. Il devient non seulement le souverain d’un royaume, mais aussi le symbole d’un continent qui se redresse.

Rapidement, sa stature dépasse les frontières. En Jamaïque, on le vénère comme le messie noir. Il devient la figure centrale du mouvement rastafari, prophète de la liberté pour la diaspora africaine. Pour des millions de déshérités, Haïlé Sélassié n’est pas un simple monarque, il est l’incarnation de l’espoir.

Mais l’histoire ne se construit pas sans épreuve. En 1935, l’Italie fasciste de Bénito Mussolini envahit l’Éthiopie, bien décidée à effacer sa défaite d’Adoua de 1896. Les Éthiopiens, mal équipés mais animés d’une détermination farouche, opposent une résistance héroïque. Dans les montagnes, les paysans et les patriotes mènent une guérilla acharnée. Mais l’armée italienne utilise des armes interdites. Les bombardements au gaz moutarde brûlent les corps, empoisonnent les eaux et sèment la terreur. Malgré tout, le peuple éthiopien refuse de céder.

En exil, Haïlé Sélassié devient la voix de son pays. En 1936, à Genève, devant la Société des Nations, il dénonce avec force l’agression italienne et accuse le monde de rester muet face à l’injustice. Sa phrase résonne comme une prophétie  « Aujourd’hui c’est nous, demain ce sera vous. » Il n’est plus seulement l’empereur d’Éthiopie,  il devient le symbole des peuples opprimés et le premier à alerter sur le danger du fascisme.

Pendant ce temps, la résistance intérieure  les Arbegnoch, les patriotes  continue de harceler l’occupant italien. Leur courage maintient vivante l’espérance d’un retour. Et ce retour se concrétise en 1941  avec l’aide des Alliés, notamment des Britanniques, et le soutien de la guérilla, Haïlé Sélassié reprend Addis-Abeba. Le 5 mai, cinq ans après son départ, il rentre triomphalement dans sa capitale. Ce moment marque bien plus qu’une victoire militaire c’est la renaissance de l’Éthiopie, la preuve qu’un empire colonial peut être vaincu, et la consécration d’un empereur devenu l’icône de la résistance africaine et mondiale.

En 1941, à 49 ans, il entreprend de profondes réformes, promulgation d’une nouvelle constitution, développement du système éducatif, modernisation des institutions, engagement diplomatique. Il devient le chantre du panafricanisme. En 1963, à 71 ans, il accueille à Addis-Abeba la conférence historique fondant l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA). Il y affirme que l’unité africaine n’est pas une utopie, mais une nécessité.

Et pourtant, la vieillesse vient avec ses désillusions. Dans les années 70, l’empire vacille. Le peuple gronde. La famine, les inégalités, les crises sociales minent sa popularité. En 1974, à l’âge de 82 ans, il est renversé par un coup d’État militaire. Il meurt dans l’ombre, un an plus tard, le 27 août 1975, dans des circonstances troubles, peut-être étouffé, peut-être empoisonné. Son corps ne sera retrouvé qu’en 1992.

Mais son souvenir ne s’efface pas. Son mausolée à Addis-Abeba, les institutions qui portent son nom, les mouvements qui se réclament de lui, les artistes qui chantent sa mémoire, tout témoigne de sa trace indélébile.

Haïlé Sélassié ne fut pas seulement un empereur. Il fut une voix prophétique. Un esprit de réforme. Un symbole d’unité, de dignité et de foi. Par son mariage, il fortifia son destin. Par ses actions, il grava son nom dans la pierre. Et dans l’éternité, il demeure : le Lion d’Afrique, debout, invaincu, intemporel.

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